En ce jour du mercredi 2 avril 2003.
La conjoncture est basse et le baril en hausse. "Ce n'est pas le
moment, disait la radio ce matin, que choisissent les entrepreneurs pour
entreprendre". Ce n'est pas apparemment non plus le moment que choisissent
les financiers pour financer ni les banquiers pour banquer. Vous aurez
remarqué que nous avons changé la formule de la revue de
poésie politique que vous lisez pour l'instant. Dans ces terres
de doute, cela pourrait bien passer pour une forfanterie. On dit des choses
comme : "l'avenir n'est pas assuré" et demandez un peu
à la Lloyd's comment elle renégocie aujourd'hui ses contrats
: vous verrez bien comment on l'assure, le futur. Cette phrase apocryphe
de Jean Monnet à laquelle je faisais allusion voilà quelques
jours — "si c'était à refaire, je commencerais
par la culture"— risque bien, quant à elle, de recouvrer
tout son sens. Parce que, évidemment, cela va commencer par la
culture. Cela va commencer ? Cela commence. Je prends ceci chez Dominique
Hasselmann qui visita hier ce qu'il est désormais convenu d'appeler
"l'exposition Breton". " On ne sait plus où donner
de la tête devant tous ces manuscrits (impossible de prendre le
temps de lire en entier une lettre adressée à |
Georges Bataille, par exemple), ces photos (André Breton essayant des lunettes, André Breton multiplié à l'infini sur les murs...), ces tableaux ( le célèbre portrait de Victor Brauner, accroché près du plafond, par manque de place ), ces objets exotiques, ces compositions hasardeuses, ces livres par milliers ( attachés comme des asperges en botte )... L'État a donc trouvé un lieu pour rassembler le "fonds" André Breton : la salle Drouot. Cela s'imposait. En circulant dans les allées des différentes pièces classées par thèmes, on entend parler anglais, américain, japonais... Certains disent :"Regarde le numéro 2345, celui-là je le veux, je le note !". Chacun fait son marché et se "réserve" pour le 7 avril." On remarquera notre côté insistant, à propos de Breton, et cela doit commencer à excéder. Mais bon, que voulez-vous, ceci paraît de l'ordre du rendez-vous auquel chacun devra se rendre, un jour ou l'autre. Bien sûr que Drouot est une défaite de la pensée. Bien sûr que nous avons déjà perdu et que nous le sommes, en même temps. La dépression aéronautique et le vol de Breton vont assez bien ensemble, finalement. Seule la pneumonie, ces temps-ci, est atypique. | ||