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os, à la barre, un jour, sept ans plus tard, et que vous auriez fait un effort. Ce qui serait inouï, ce serait la rumeur du monde. Vous n'êtes jamais à l'abri d'être responsable de ce dont vous n'êtes pas coupable. Je parle du juré n°6, voilà un homme qui pose des questions. Lui non plus ne comprend pas tout. On lui dit qu'au Rwanda, quand la nuit tombe, il fait noir tout de suite, qu'on n'y voit plus rien, qu'il n'y a pas d'éclairage, donc qu'on ne peut pas dire. Le président aussi insiste, elle tombe comment la nuit ? On sent qu'il va le dire, il ne le dit pas : comme un couperet ? comme une machette ? elle tombe d'un coup comme on tombe d'un coup de feu ? Tombe. La nuit. Tout est dit. Tout est fermé, englouti, enterré. Au Rwanda, la nuit est une tombe, Monsieur le Président. Ce qui serait inouï, c'est comment les hommes règlent leurs affaires d'hommes. Un curé est là, est-ce parce qu'il sent qu'on sait et qu'on sait qu'il ment qu'il n'y |
aura pas de question supplémentaire ? Il n'apporte pas avec lui de tragédie mais le ton docte d'un homme qui tranche entre le blanc et le noir, c'est un observateur. J'ai vu de mes yeux un observateur de génocide. Lui aussi dit que quand la nuit tombe, on ne voit plus. C'est un observateur qui lorsqu'on ne voit plus rien ne voit plus rien. Ce qui serait inouï, c'est ce dialogue presque télégraphique : le Témoin : " Les soldats de la garde présidentielle sont arrivés pour commencer le travail ", le Président : "Le travail ?", le Témoin : "Tuer, éliminer", le Président : "Nettoyer ?", le Témoin : "Nettoyer". On mande de Butare qu'on nettoie, qu'on assainit, qu'on purifie. Sept années plus tard, la nouvelle est arrivée à Bruxelles, Non, je corrige : elle n'y est pas arrivée, elle y est revenue. Texte écrit à l'occasion du procès des sept de Butare, à Bruxelles. |
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