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Ceci n'est pas une utopie, puisque le lieu est nommé. C'est une
affaire de géographie, de toponymie, un peu d'onomastique aussi.
C'est une façon de se déplacer dans le monde. C'est une
carte aveugle, un jeu de pistes, un parchemin trouvé. Aujourd'hui
: Paris, rue Monsieur-le-Prince, en face du théâtre Marigny.
Par Thierry Kübler.
Ça sent l'été et la tempête dans la ville lumière,
en ce début de juin 1938. Hitler a pris le pouvoir en Allemagne
depuis cinq ans et l'Europe bouillonne. Petit souffle de fraîcheur
dans la lourdeur ambiante, Blanche Neige triomphe sur les écrans
des Champs-Élysées. Fin de l'après-midi, un homme
de 37 ans sort du cinéma. Ödön von Horvath, écrivain
: "Je suis un mélange typique de cette vieille Autriche-Hongrie
: hongrois, croate, tchèque, allemand - il n'y a que la composante
sémite qui me fasse, hélas, défaut".
Enfant de diplomate, Ödön est ballotté d'ambassade en
consulat et passe la marelle de son enfance par toutes les cases d'Europe
Centrale. Cancre magnifique, adolescent révolté et enfin
poète. La droite, la gauche, mais aussi "l'éternel
petit-bourgeois" : dans ses écrits, von Horvath tire juste
et tape fort. Et aussi l'exploration des faits divers (les tous simples,
pas médiatiques pour deux ronds) la traite des blanches, l'émigration
: décrire "le gigantesque combat entre individu et société",
montrer "le monde tel que, malheureusement, il est". Et hop,
en 1931, le prix Kleist, la plus haute récompense de l'époque,
pour le début de son œuvre. Deux ans plus tard, les nazis
brûlent ses livres en place publique. Bien sûr, aujourd'hui,
on pense à Bertolt Brecht puisque l'on a
presque oublié von Horvath. Pourtant l'œuvre de celui-là
n'a rien à envier à celle de celui-ci.
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