Papiers
mâchés
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Elle a quitté Alger en 1989. C'était le début des
soulèvements. Objectivement, elle est partie continuer des études
; subjectivement, certainement pour beaucoup d'autres raisons. Depuis,
elle a cherché des papiers.
Arrivée à Paris le 13 juillet 1989, la veille du bicentenaire
de la Révolution française (elle a d'ailleurs pour le 14
juillet trouvé un job où, avec beaucoup d'autres, déguisés
en révolutionnaires français, ils jouaient la prise de la
Bastille en culottes et bonnets phrygiens pour des touristes essentiellement
américains à l'hôtel Hilton; le comble était
que tous ces révolutionnaires étaient arabes).
Un diplôme d'études approfondies en informatique puis une
thèse en modélisation moléculaire (conception de
médicaments par ordinateur). Pour financer ses études, professeur
de mathématiques, puis chercheur et chargée de cours en
informatique à l'université Denis Diderot, à Paris
Aujourd'hui, et depuis peu, elle a passé avec succès un
concours de la Fonction publique et se charge de la mise en place et de
la maintenance d'un gros logiciel national sur le campus de Jussieu.
Elle a eu sa carte de séjour de dix ans au bout de presque 15 ans,
c'est-à-dire il y a deux semaines. Elle n'a rien ressenti. Ce fut
mécanique. Elle habite Ménilmontant et a deux petites filles,
Nour et Nejma. Par Fanny Bellahsene
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Episode 3
Il ne me reste plus beaucoup de temps.
Dans trois jours peut être, après quinze années en France,
en situation régulière, en payant des impôts, ma demande
de carte de dix ans, peut-être, va aboutir. Je dis peut-être
car peut-être pas.
Je m'efforce donc de relater ce qui me revient de toutes ces années
en Préfecture de police. Je veux l'écrire avant. C'est instinctif,
il me semble qu'après je risque d'oublier.
Je suis convoquée cette fois à la préfecture de Paris.
Île de la cité. Face au marché aux fleurs et au Palais
de justice. Nous sommes au cœur du vieux Paris, dans le quartier latin.
J'arrive au bâtiment F, 2ème étage. Bureau 113. Ma convoc
en main.
Je tape, entre, dérange, montre ma convoc, suis priée de ressortir
et attendre. On m'appellera.
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